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Tina Modotti, photographies 1924-1929

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Fascinée par la vie et les œuvres des femmes artistes, Louise Bédard a conçu différentes chorégraphies et performances sur ces thèmes. Alors qu’elle avait entrepris la création du duo Elles, qui s’inspirait déjà de la vie et de l’œuvre de Tina Modotti, Louise Bédard a fait la rencontre de Lucie Bureau, une commissaire indépendante. Celle-ci travaillait sur un projet de recherche de longue haleine qui était ponctué d’expositions rendant hommage aux femmes photographes du début du siècle : Ella Maillart, Voyages 1930-1939; Tina Modotti, de la passion mexicaine 1924-1930; Les femmes photographes néerlandaises 1930-1954; Les femmes photographes québécoises et canadiennes 1840-1950. Toutes deux fascinées par l’héritage transmis par cette grande artiste qu’est Tina Modotti, elles ont imaginé ensemble l’exposition Tina Modotti, photographies 1924-1929 qui comportait une cinquantaine de photographies. Ce mariage entre la danse et la photographie a fait de Elles une manifestation artistique d’envergure qui a su attirer les faveurs d’un large public.

L’exposition a été présentée dans les galeries suivantes :

  • Galerie d’art Foreman de l’Université Bishop’s, Lennoxville : 9 octobre au 4 novembre 2002
  • Maison de la culture du Plateau-Mont-Royal, Montréal : 8 novembre au 8 décembre 2002
  • Centre des Migrations, Montmagny : 1 avril au 18 avril 2004
  • Galerie d’art l’Union-Vie du Centre culturel de Drummondville : 10 janvier au 20 février 2005

À l’occasion de cet événement, un catalogue d’exposition a été publié sous le titre Elles, Tina Modotti, photographies 1924-1929. Des photos, ainsi que des textes en français et en anglais de Louise Bédard, Lucie Bureau et Elena Poniatowska composaient cet ouvrage de 53 pages. (ISBN 2-980-7783-0-3)

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  Elles – Tina Modotti

Pour la création du duo Elles, le travail de Tina Modotti a particulièrement retenu l’attention de Louise Bédard pour les causes sociales, politiques et artistiques qu’elle défendait à travers son art.

Captivée par son travail, la chorégraphe s’est inspirée des sensations et des images que ses photographies suscitaient en elle. Le parcours de Modotti, à une époque exaltante dans un pays d’adoption fascinant l’a fortement interpelée aussi. En marge du spectacle présenté au Théâtre La Chapelle en 2002, la compagnie a produit l’exposition Tina Modotti, photographies 1924-1929, en collaboration avec la commissaire Lucie Bureau.

  TINA MODOTTI — NOTES BIOGRAPHIQUES

Le parcours photographique de Tina Modotti dure à peine une décennie ; il débute autour de 1924 et prend fin au début des années trente. Rien ne laisse présager la célébrité que connaîtra cette jeune Italienne qui débarque en 1913 à San Fransisco pour rejoindre son père. Né à Udine en 1896, elle quitte frères et ses sœurs et un pays appauvri, ravagé par des conflits territoriaux avec l’Autriche. C’est une Californie luxuriante qui l’accueille, et où s’active une jungle d’artistes, d’acteurs, de poètes, d’écrivains, de peintres et de photographes. Le milieu est propice à la création artistique.

En 1921, elle rencontre le photographe Edward Weston avec qui elle s’installe au Mexique en 1923. Elle devient alors son apprentie et son assistante. Modotti démontre rapidement une grande maîtrise du médium et développe un style très personnel, sur le plan technique et formel. L’influence de Weston fut indéniable, tandis que les artistes mexicains d’avant-garde — les muralistes Rivera, Orozco, Siqueiros et d’autres —contribuent également à forger sa vision artistique: un univers à la fois tendre et provocateur, et aussi une recherche formelle autant qu’une quête d’absolu.

Ses premiers travaux s’inscrivent dans le courant de la photographie pure et du précisionnisme de l’avant-garde américaine. Elle a approfondi certains aspects du rendu photographique : des compositions élémentaires, géométriques et abstraites ; des cadrages extrêmement précis ; des jeux de textures, d’ombres et de lumières ; des objets familiers, isolés et replacés dans un nouveau contexte, pour laisser émerger une autre perception d’une réalité au départ plus banale. En 1924-25, elle s’intéresse aux fleurs et crée un corpus fascinant, reflétant un monde intérieur paradisiaque. Lys callas, Roses, Géranium, Fleur de mania sont empreints d’une grande sensibilité, tout droit sortie d’un monde paisible où rien ne vient troubler la quiétude contemplative de l’artiste dans sa recherche de la perfection.

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Pendant la même période, avec la même ferveur photographique, elle a produit Intérieur d’une église, Arche, Cannes à sucre et Escaliers, des œuvres où elle explorait les angles contrastés, le détail et les gros plans. Sa clairvoyance et son élégance ont contribué à définir un courant dans lequel se mariaient une perception nouvelle avec une recherche du mouvement et de la nuance, dans un souci constant d’épuration, suivant les préceptes de la « nouvelle vision» des photographes américains.

À cette époque, le Mexique connaît une grande effervescence culturelle, après des siècles de colonialisme. Ce mouvement de Renaissance mexicaine se traduit par une volonté d’affirmer une «mexicanité» pour contrer l’exotisme dont s’alimentent les Européens, et insuffler un renouveau à l’art traditionnel mexicain. Tina Modotti se lie d’amitié avec les muralistes Diego Rivera, Jose Clemente Orozco, Alfaro Siquieros dont la production reflète bien ce courant. Elle émerge de son studio, photographiant les murales, jouant aussi le rôle de modèle pour certaines des fresques. Son propos devient alors plus social et révolutionnaire.

Elle élargit également le champ de ses sujets, explorant la trame urbaine et industrielle avec plus d’attention. Dans cette série, des œuvres comme Fils télégraphiques et Réservoir No 1 indiquent clairement son appartenance à ce courant artistique mexicain. Elle photographie des scènes de rue, des mères et leurs enfants, les paysans qui manifestent, les ouvriers qui ploient sous le poids de leur charge. Elle adhère au Parti communiste mexicain et devient la photographe officielle du journal El Machete, l’organe d’information du parti, édité par les artistes d’avant-garde et les intellectuels de gauche. Elle produit une série de photos dans laquelle elle combine recherche formelle et préoccupations sociales. Son art témoigne des bouleversements sociaux du Mexique au siècle naissant. Elle réussit à conjuguer des thèmes en apparences opposés : l’art et la politique. Elle regroupe des objets typiques de la culture mexicaine dans des compositions dénuées de tout exotisme pour mettre de l’avant un propos idéologique.

Entre 1926 et 1930, Tina Modotti affiche ses positions politiques et s’active dans tous les débats qui secouent la société mexicaine. Quand elle photographie les enfants, elle oblige le spectateur, par une prise de vue rapprochée à confronter le regard de ses jeunes sujets. Elle interroge le présent et le futur de ces derniers. Elle évite le piège d’esthétiser la misère et l’embellissement de la pauvreté. Elle n’use d’aucun subterfuge pour attendrir la prise de vue.

En 1930, elle est expulsée du Mexique, sous prétexte d’avoir organisé un complot contre les autorités mexicaines. Loin de renoncer à ses positions idéologiques, elle se joint à des organisations de résistance en Europe. Elle passera plus de dix ans à remplir des missions antifascistes. En 1942, alors qu’elle retournait visiter un ami au Mexique, elle meurt d’un arrêt cardiaque, à l’âge de 46 ans, dans des circonstances que certains considéraient comme obscures.



Bannière et diapositives > Ces photos ont été prises lors de l’exposition «Tina Modotti – photographies 1924-1929 » à la Maison de la culture du Plateau-Mont-Royal de Montréal (exposition présentée du 8 novembre au 8 décembre 2002). Crédit photo: Lucie Bureau

Image > Couverture du catalogue d’exposition « Elles, Tina Modotti, photographies 1924-1929 ».