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25 ans… En entrée

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25 ans … en entrée … en images … en mots … en actions

  

Cette impression de submergement devant son flot créatif

Lorsqu’on m’a demandé d’écrire ce mot d’introduction, j’ai répondu oui sans hésiter. Après tout, j’en ai tellement écrit… des mots pour Louise, des mots sur Louise, des mots à côté de Louise. Je ferai simple, un brin impertinent, poétique si possible pour faire « univers Louise Bédard ».

Premier défi. La question est de trouver l’angle. Ce n’est pas anodin. De choisir l’angle permet de se brancher sur le bon réservoir d’inspiration. Du réservoir dépend tout le reste.

Quel angle? Le plus évident est celui du partenaire de travail, le directeur général qui l’a accompagnée pendant plus d’une dizaine d’années. Oui, c’est ça! Louise, sa compagnie, 25 ans. J’ai envie de dire que je fus un témoin privilégié de l’art qui prend forme au fil du temps, le plus souvent en studio, mais parfois aussi au bureau, au détour d’une conversation. Le témoin aussi du passage de toute une collection d’artistes de la danse, de la musique, de la lumière, du costume, de l’image animée. Tous ces gens venus rejoindre Louise pour un rendez-vous avec l’art. L’art si invisible pour les yeux, qu’on ne le voit qu’avec le corps. Profession de foi du début, à la limite du blind date. Je puis donc témoigner des sourires, des yeux brillants, du bonheur dégoulinant de sueur, des courbatures artistiques assumées de tous ces artistes et collaborateurs qui se sont avancés, qui ont osé, qui ont puisé en eux-mêmes leur propre quart de litre d’ivresse artistique. Je les ai vus, ces êtres exceptionnels qui sont des complices de 25 ans de folie créatrice et qui signent les lettres qui suivent.

En effet, c’est un angle possible.

Il y aurait aussi l’angle de moi spectateur. Mon premier contact avec l’art de Louise remonte à 1993 avec Vierge Noire dont j’ai vu les 10 représentations. Je n’ai aucun mérite puisque je travaillais au Théâtre La Chapelle à cette époque. En fait, oui, j’ai du mérite parce que j’aurais pu ne pas assister à toutes les représentations, lire le journal dans la pièce d’à côté, mais mon sentiment de l’époque était de me retrouver en face d’un objet d’art qui allait changer ma vie. Moi qui ne connaissais pratiquement rien de la danse à l’époque, je sentais qu’il y avait là un moment d’art à la fois d’une délicatesse et d’une sauvagerie extrêmes.

Je pourrai y superposer l’angle du jeune comédien que j’étais à l’époque : à l’affût des grandes performances théâtrales qui m’inspireraient à devenir moi-même un artiste grandiÔse. Mais bang, mon meilleur théâtre, c’est dans l’art de Louise Bédard que je l’ai trouvé. Pour l’artiste que je devenais, il y a eu l’avant et l’après Louise. Confronté à une de ses danses, ce n’était désormais plus possible de viser moins haut que ce que je venais de voir. Je ne parle pas ici de virtuosité, je parle de la fonction d’artiste, telle qu’elle m’est apparue à ce moment : une sorte de canal de communication entre un monde invisible incroyable et nous, pauvres mortels tellement quotidiens.

Quel que soit l’angle, je reviens nécessairement à l’émerveillement. Tant de fois, depuis l’époque des premiers contacts avec l’univers de Louise, j’ai retrouvé cette impression de submergement devant son flot créatif. Jamais n’ai-je eu l’impression de me retrouver face à une redite, ou face à un monde fini. À moi, partenaire de travail, spectateur ou artiste, Louise m’a offert avec chacune de ses œuvres un nouveau continent à explorer. Oui, il existe encore des Mondes nouveaux, des zones à explorer, n’est-ce pas porteur d’espoir ? Louise, la capitaine, a toujours su s’entourer d’équipages exceptionnels. Certains de ses mousses — souvent eux-mêmes des navigateurs chevronnés ! — ont tenu à partager certains de leurs récits de voyage bédardien avec vous. Je vous souhaite bonne lecture et des rêves à profusion.


George Krump